La Maison d'hôtes de Nedarag : Un Modèle de Développement Communautaire en Baloutchistan

Instructions

Le projet de la Maison d'hôtes de Nedarag incarne une initiative communautaire à but non lucratif, implantée au cœur d'un village éloigné, mais néanmoins accueillant pour les visiteurs, dans la région sunnite-baloutche d'Iran. Conçue par NextOffice en étroite collaboration avec les habitants, cette structure se compose de trois unités résidentielles, comprenant cinq chambres au total, ainsi que d'un petit bloc de services. L'ensemble s'articule autour d'une cour centrale ombragée, véritable carrefour de vie où se rencontrent touristes, enfants en jeu et membres de la communauté pour des rassemblements informels, tels que le Chelim des femmes et le Dikki des hommes. Ce projet novateur puise son inspiration dans les ressources et savoir-faire locaux, utilisant la pierre sèche, des éléments dérivés du palmier et la typologie traditionnelle Kapar, réinterprétant ainsi l'architecture vernaculaire pour répondre aux exigences contemporaines. Grâce à l'implication multi-facettes des architectes, des clients et des bâtisseurs, la Maison d'hôtes a révélé un potentiel touristique insoupçonné dans le village, allant au-delà de l'simple hospitalité pour promouvoir la dignité, le développement économique local et l'espoir, tout en renforçant la cohésion sociale à travers une participation communautaire intégrale. Aujourd'hui, cette maison d'hôtes est devenue à la fois un pôle d'accueil pour les voyageurs et un pilier essentiel de la vie communautaire.

Ce projet remarquable a vu le jour dans un village isolé, abritant environ 200 foyers de la minorité sunnite-baloutche dans le sud-est de l'Iran. Dans un système de développement iranien centralisé et religieusement homogène, les minorités ethniques et religieuses sont souvent marginalisées. Cette exclusion est particulièrement marquée dans des villages comme Kahnanikash, en raison de la pratique locale du Zekri, une croyance religieuse perçue comme hérétique par le gouvernement central. Face à cette situation, des initiatives citoyennes ont émergé comme une forme d'autodétermination. Madame Kamran, une facilitatrice sociale ayant déjà collaboré avec Monsieur Shanbeh, un villageois influent et le client du projet, sur la construction d'un pont, d'une bibliothèque et d'un purificateur d'eau, a proposé la création d'une maison d'hôtes de plusieurs chambres, en plaçant Shanbeh au centre de cette initiative. L'objectif était de partager les "bienfaits de l'hospitalité" à travers tout le village, Shanbeh accueillant auparavant les voyageurs dans une pièce de sa propre demeure. Le terrain a été généreusement offert par un villageois, Heybatan Baluch, et son emplacement a été choisi collectivement par l'équipe de conception, les anciens du village, la facilitatrice et Shanbeh, à proximité des terres agricoles, du conseil du village et de la maison de Shanbeh. La conception s'articule autour d'une cour semi-ouverte, bénéficiant de l'ombre d'un toit multicouche qui assure un rafraîchissement passif et une circulation de l'air efficace entre et à l'intérieur des chambres. Le design revisite la typologie régionale Kapar en utilisant des fermes artisanales plutôt que des poutres traditionnelles pour soutenir un vaste toit en forme de parapluie. La double couche du toit et des murs permet de réduire les transferts thermiques. Tout au long du processus, l'équipe a travaillé en dialogue constant avec les artisans locaux pour adapter et affiner les techniques vernaculaires, fusionnant ainsi l'esthétique distinctive des voûtes iraniennes avec l'imperfection des détails faits à la main, la masse des murs épais en pierre avec la légèreté de la canopée, et les textures et détails picturaux. La construction a été un effort entièrement collaboratif. Pendant quatre mois, les villageois ont érigé les murs en pierre, et les Kapars ont été achevés au cours de l'année suivante. Le financement a été assuré par Nextoffice, un prêt bancaire, un don de M. Shanbeh et des contributions d'autres villageois, pour un total d'environ 8 000 livres sterling, bien en deçà des coûts de construction habituels. La construction étant coopérative, les outils d'arpentage conventionnels ont été remplacés par des ficelles et des triangles lors d'un jeu impliquant les enfants du village pour l'implantation. Les aînés ont tressé des cordes en fibres de palmier la nuit à partir de feuilles de Karz collectées par les jeunes, tandis que les femmes ont contribué au tissage des nattes, à l'enduit de boue, à la couture des rideaux et à la préparation des repas quotidiens. Ces efforts intergénérationnels ont transformé la rareté en ingéniosité. Aujourd'hui, la maison d'hôtes est un véritable pôle culturel, accueillant les visiteurs tout en préservant l'identité locale à travers la gastronomie, l'artisanat, l'agriculture et la musique traditionnelle.

Ce projet illustre de manière éloquente comment l'architecture peut devenir un puissant levier de développement socio-économique et culturel, en valorisant les ressources et les savoir-faire locaux. La Maison d'hôtes de Nedarag démontre que l'engagement communautaire et la réinterprétation intelligente des traditions peuvent non seulement créer des espaces fonctionnels et esthétiques, mais aussi renforcer le tissu social, offrir de nouvelles perspectives économiques et insuffler un sentiment de fierté et d'espoir dans des communautés souvent marginalisées. C'est un témoignage vivant de la résilience humaine et de la capacité à bâtir un avenir meilleur grâce à la collaboration et à la valorisation du patrimoine local.

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